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Vitrine > Romans & nouvelles > La guerre est terminée

La guerre est terminée

La guerre est terminée
Muriel ROINÉ

72 pages
9.00 €
ISBN 978-2-9539918-0-2

Résumé

Peut-on vivre de nouveau après avoir connu les morsures de la guerre ? C’est tout l’enjeu de Suzanne, ancienne combattante retirée au milieu de nulle part. Notre jeune héroïne traverse ses journées à l’intérieur d’un jardin luxuriant avec, pour seule compagnie Leila, une gouvernante africaine hors norme.
Au travers de cette histoire où réflexion et sensualité s’entremêlent étroitement, sont abordés les thèmes de la solitude existentielle, la lente reconstruction d’un être, avec, brossée en filigrane, la possible émergence d’un amour salvateur.

Extrait

Sortant de l’hélicoptère, Suzanne mit pied à terre. Le sable était dur et brûlant. Près des corps, il était rouge. Les mouches quand on les écrasait avaient-elles du sang ? Entre les corps, ses pas inscrivaient un nouveau parcours, puis celui d’une nouvelle construction ; ainsi le labyrinthe se formait lentement. Retrouverait-elle la sortie ? La jeune femme s’arrêta. Elle avait atteint son but. Peter était là, bouche ouverte, ses grands yeux crispés par la terreur, regardant au loin, à l’intérieur, la barbe naissante qu’il n’avait pas eu le temps de raser la veille ! C’était ainsi qu’il était mort, sans avoir dénudé son visage….La soldate, seule au monde, s’agenouilla, releva la manche du jeune homme allongé. Au poignet, le bracelet en ivoire aux inscriptions secrètes et magnifiques. Elle retira le précieux objet du bras de son amant, délicatement. « Pour ne pas te réveiller » pensa-t-elle. Puis elle le glissa rapidement dans sa poche et se releva. Un dernier regard sur celui à présent qui n’en avait plus. Elle se pencha. En guise de sépulture, lui ferma les yeux, son corps offert aux charognards. Lui revint alors en mémoire, un vieux texte grec, celui d’Homère : Achille éperdu enterrait son cousin mort devant la cité ennemie. Il lui fermait la bouche et insérait entre ses dents une pièce d’argent, seul gage pour le défunt de gagner les rives lointaines. Suzanne chercha les quelques euros au fond de ses poches trop profondes où ses mains s’égarèrent. Puis tenant en main, la pièce unique, se pencha à nouveau. La pièce était facile à entrer tant la bouche était grande ouverte par la frayeur. Elle pensa alors qu’il s’était vu mourir. Elle chercha à refermer cette boite vocale, muette et béante, mais Peter résistait. Tout était figé et les muscles tétanisés restaient ainsi fixés dans leur éternité.