Par Magali GITARD le mardi, novembre 1 2011, 20:11
Après un dictionnaire, un conte, des pièces de théâtre, pourquoi ne pas tenter l'aventure du roman ?
C'est chose faite avec la parution de "La maison de Margot".
Ce récit fantastique aborde des thèmes qui me sont chers : la quête de l'identité, la normalité sociale, la peur de la différence, les choix de vie, etc.
L'histoire peut se résumer ainsi :
"Lorsqu'elle décide de quitter la ville pour trouver la maison de ses rêves située à la campagne, Ange est loin d'imaginer que son destin va basculer...
Les frontières de son monde volent en éclats. Elle n'aura de cesse de lutter contre le mal et de donner un sens à son existence."
Voici un extrait :
"A sa grande surprise, elle se retrouva dans une pièce inconnue, assise face à un homme âgé, de petite taille, maigre, vouté. Son crâne brillait, juste une touffe de cheveux subsistait au dessus de chaque oreille. Des poils dépassaient de son nez. Il ressemblait à un gnome ou un être légendaire des forêts.
La jeune fille pouffa, l’individu ne sembla pas l’entendre ni la voir. Il portait des binocles, un vieux costume mité. Il écrivait consciencieusement.
Son bureau en désordre fourmillait de piles de papiers prenant toute la place. Il utilisait une grande plume qu’il trempait régulièrement dans un encrier… décidément, c’était la mode ! Ange se dit qu’elle devait être à une époque assez lointaine puisque le stylo n’existait visiblement pas.
-Détrompez-vous mademoiselle, nous sommes bien au vingt et unième siècle, seulement ces crayons, une horreur. Impossible d’écrire correctement avec, les lettres manquent d’allure, de cachet, quelle vulgarité ! La facilité tue la beauté. Écrire à la plume exige dextérité, concentration ; une seconde d’inattention et le papier est taché ou le trait médiocre.
À présent, l’individu fixait la jeune fille bien dans les yeux. Son regard trahissait une intelligence aiguë et un esprit vif.
-Mais je n’ai rien dit, comment savez-vous ce que je pense ?
-C’est naturel ma petite dame, naturel ! Il suffit d’écouter ce qui nous entoure. Essayez … je me dis quelque chose, vous le répétez.
L’homme resta silencieux un instant puis s’adressa à Ange : eh bien, j’attends !
-Comment voulez-vous que j’y parvienne, je ne suis pas devin moi !
-Bien sûr, j’aurai dû m’en douter, une terre à terre de plus. Bon, bon, pourquoi êtes-vous ici ? Ah oui, ça y est, je me souviens. On peut dire que vous ne faites pas preuve de rapidité vous, je vous attends depuis des années. Heureusement, le travail ne manque pas, je suis débordé avec toutes ces affaires.
-Pourriez-vous m’expliquer les motifs de ma venue, et surtout comment.
Ange ne put poursuivre son questionnement.
-On ne va jamais y arriver si vous m’interrompez tout le temps ! Où en étais-je ? Ah oui, la donation ...où se trouve-t-elle ?
Si je me souviens bien par là ou alors par ici.
L’individu déplaçait des tas de feuilles, les empilait les uns sur les autres, sortait des pages des dossiers, les mêlait à d’autres. Il prenait des feuilles, les fourrait dans des tiroirs.
-Pas là, ah oui, certainement sur l’étagère.
Il se dirigea vers une armoire, ouvrit les portes. Des piles de papier tombèrent sans qu’il s’en incommode pour autant. Il ne les ramassa pas, alla vers une porte et sortit.
Ange n’en revenait pas. Elle n’était pas adepte du rangement mais là, quel désordre ! Aux tas de paperasse s’ajoutaient une multitude d’objets hétéroclites, souvent inutiles : un globe terrestre, une vieille carte de France, des bouts de bois aux formes biscornues, des pièces métalliques, des flacons, des éprouvettes, des galoches, des pierres, un crâne humain, une poussette toute rouillée contenant des dossiers, un chapeau en paille et des tonnes de livres ; un fatras inextricable !
Comment parvenait cet homme pour s’y repérer ?
Ange se concentra. Quel sujet de discussion au juste ? Ah oui, une donation. La jeune fille ne s’intéressait pas au droit cependant elle connaissait ce terme.
Une donation, pour elle et de qui ?
Ange s’agitait sur le fauteuil, se rappelant à présent l’arrivée dans cet endroit après l’ouverture de la porte de la cave. Mêmes sensations kinesthésiques lorsqu’elle avait rencontré la forme… Margot. Elle se mordit la langue, ressentit une forte douleur.
-Vous ne rêvez pas mademoiselle dit le vieil homme qui rentrait dans la pièce. Je vous le garantis, vous ne rêvez pas.
Il portait une feuille toute racornie, à peine lisible.
- Je l’ai trouvée, c’est à cause d’Hugo, il me range tout ! Il va encore falloir que je lui explique à cet entêté qu’il ne doit rien toucher. Bon, bon, où j’en étais ? Ah oui, la donation ... Sacré tempérament cette Margot, une femme comme je les aime, courageuse et généreuse et sensible et casse-pieds en plus ! Je n’ai pas su la … mais bon, tant pis !
Bon, bon, où j’en étais ? Hum c’est simple. Bon, je lis, si ça vous convient, vous signez, dans le cas contraire, vous signez quand même : « Par devant nous, maître Hubert Fanchon, en ce jour du dix-neuf août deux mille dix (...)".
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